Marchés et réglementation

L’entretien

Nicolas Trentesaux : « Nous sommes rentrés dans un cercle vertueux de l’innovation »

Jean-François AUBRY | 18 octobre 2018 |

Photo : Pascal Montary
Pour le directeur général du réseau Sial, le monde de l’agroalimentaire connaît une phase de transition, alors que les attentes des consommateurs en matière de goût, de naturalité comme de transparence, s’affirment aux quatre coins du globe.






LMDS : Qu’est-ce qui devrait caractériser le plus cette édition 2018 du SIAL ?

Nicolas Trentesaux : Je répondrais en premier lieu l’innovation. Non seulement, le secteur innove beaucoup plus qu’avant mais en plus, l’industrie de l’agroalimentaire innove différemment, en ayant en permanence les envies et les attentes de tous les acteurs comme moteur et comme horizon. Des attentes autour du goût, du vrai et du sens. Trois notions repensées, réinventées, remises au goût du jour, et finalement tellement dans l’air du temps. Nous enregistrons donc encore une fois une progression significative du nombre de nouveautés présentées par les exposants. Cette belle dynamique se ressent d’ailleurs dans les produits que nous avons sélectionnés avec notre partenaire XTC pour leur caractère innovant.

 LMDS : Cette dynamique se ressent-elle également sur le secteur des surgelés et des glaces ? 

N.T. : Absolument. La catégorie Surgelés qui est, rappelons-le, la deuxième la plus riche en innovations dans le monde (derrière les boissons sans alcool), est également très bien représentée dans notre sélection de nouveautés (toujours derrière les BSA). Si de son côté, le marché des glaces est un peu moins dynamique en lancements cette année, de belles innovations sont tout de même à découvrir sur le salon.

LMDS : En 2016, le salon faisait la part belle au bio et sans gluten et déjà au végétal. Est-ce encore le cas cette année ?

N.T. : Le bio s’affirme toujours très nettement sur cette édition. Et c’est encore plus net sur la France, marché sur lequel il a progressé de 17 % en 2017 pour atteindre les 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L’offre a d’ailleurs tendance à se segmenter entre un bio que l’on peut qualifier de masse, avec des grands groupes qui investissent ce marché, et de l’autre côté, les initiateurs, plutôt des PME, qui vont au-delà du bio en travaillant des bénéfices complémentaires de proximité, de bien-être animal, ou encore de juste prix.

Quant au sans gluten, je dirais que la vague est passée. Les innovations sur ce point précis sont nettement moins nombreuses qu’en 2016. À l’inverse ce sont les produits que l’on peut qualifier de clean label (sans ingrédients indésirables : pesticide, nitrite, antibiotique…) qui progressent.

Enfin, on peut dire que le végétal devient une tendance lourde et forte partout dans le monde avec une surpondération en Europe (avec les légumineuses notamment). Les innovations sont très nombreuses / se démultiplient dans de nombreuses catégories (et bien sûr en surgelés et glaces) et pour tout type de produits (cœur de repas, dessert, snacking).

 

LMDS : La notion d’engagement des acteurs de l’alimentaire s’inscrit au cœur des attentes des consommateurs. Votre avis sur le sujet ?

 

N.T. : Ce n’est pas une notion parmi d’autres. C’est un enjeu central, l’enjeu des enjeux si je puis dire – très symptomatique de l’époque que nous vivons, et cela va bien au-delà de la problématique alimentaire. Dans un monde hyperconnecté par Internet, nous réalisons aussi à quel point notre planète est fragile. Alors, si nous appliquons ce schéma à la question qui nous occupe, l’alimentation : chacun prend non seulement conscience de l’existence des autres acteurs de la Planète Food, mais aussi des responsabilités qui incombent à tous. Et parce qu’aujourd’hui, tout se sait ou presque, toute information pouvant se transmettre et se partager à la vitesse de l’éclair, mieux vaut s’engager et ne pas faillir à ses responsabilités !

 

LMDS : Justement, les professionnels ont-ils pris la juste mesure de ces enjeux ?

N.T. : Les études de nos trois experts en consommation, industrie et restauration m’ont frappé, justement, parce que leurs analyses se rejoignent. Il y a une sorte de conjonction des attentes et des réponses à ces attentes. Le contraire aurait été si ce n’est inquiétant, du moins contrariant. Donc, pour répondre à la question, oui ! Les professionnels sont parfaitement conscients de cet enjeu de l’engagement et de leurs responsabilités. Nous voyons de plus en plus d’artisans, d’industriels et de commerçants innover pour rassurer les consommateurs, et pour répondre à leurs attentes en termes de plaisir et de « bien manger », de sécurité alimentaire et de transparence. Attention… je ne dis pas qu’ils ne le faisaient pas avant, mais aujourd’hui, les attentes et les réponses se coordonnent comme jamais auparavant ! Un discours producteur engagé et nourri, preuve à l’appui, est devenu aujourd’hui non seulement audible mais attendu par le consommateur.

 

LMDS : Qui a généré cet élan en premier ?

N.T. : C’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf ! L’innovation alimentaire nourrit une nouvelle demande qui incite les professionnels à poursuivre et amplifier leurs efforts d’innovation. Et les remontées des consommateurs nous renseignent aussi sur les nouveaux territoires vers lesquels nous devons aller. En fait, nous abordons là un point crucial : le consommateur est devenu un acteur de l’innovation au moins aussi important que les fabricants ou les restaurateurs. Vous me répondrez : il l’a toujours été, puisque les innovations lui sont destinées. C’est vrai… mais encore une fois, nous ne sommes plus dans une logique montante-descendante. Plutôt dans une logique interdépendante et collaborative d’innovations alimentaires qui engendrent elles-mêmes d’autres innovations. En somme, un cercle vertueux de l’innovation, au service du consommateur !

 

Propos recueillis par JFA



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